mesta
Raise Breakdown · Fintech

3Pay rachète MoneyTrack et lève 1,5 M€ : le pari de « contrôler avant de payer »

Par Léon & Flore · 23 octobre 2026 · 9 min de lecture

Logo de 3Pay.

Un petit tour auprès des investisseurs de référence, un rachat payé en titres, et une question que l’annonce laisse ouverte : qui finance l’avance ?

1,5 million d’euros. C’est ce que 3Pay, fintech lyonnaise de paiement santé, a levé en annonçant la reprise des actifs et des équipes de MoneyTrack. L’opération a été révélée par Maddyness le 16 octobre 2026, puis confirmée par communiqué le 20 octobre. Le montant dit peu de choses. mesta a capté trois signaux plus instructifs. Le tour a été réalisé, selon L’Argus de l’assurance, auprès des investisseurs de référence de 3Pay. Le rachat se ferait en titres, sur une valorisation de 2,2 M€, selon mind Fintech. Et l’annonce ne dit pas qui finance l’avance de trésorerie, qui fait pourtant l’économie du modèle.
Paiement par carte en pharmacie.
Paiement par carte en pharmacie. — © HRAUN (source : iStock)

3Pay, c’est quoi ?

Chez le médecin ou à la pharmacie, le patient règle souvent la facture entière, puis attend le remboursement de l’Assurance maladie et de sa complémentaire santé (mutuelle ou assureur qui couvre une partie du reste). Le tiers payant (l’assurance règle directement le professionnel pour la part qu’elle couvre) évite cette avance quand il est proposé. 3Pay propose une carte de paiement dédiée aux dépenses de santé, adossée à Mastercard, physique ou virtuelle, utilisable chez tout professionnel équipé d’un terminal. Elle la propose non au patient mais aux mutuelles, assureurs et courtiers, qui la distribuent à leurs adhérents : ce sont eux qu’il faut convaincre. 3Pay vérifie les règles du contrat auprès de la complémentaire, puis règle le professionnel instantanément. Fondée en juillet 2020 à Lyon par Jérémy Benhaïm et ses associés, elle est enregistrée auprès de l’ACPR comme agent de Treezor, établissement de monnaie électronique (selon ses mentions légales) : elle s’appuie sur l’autorisation d’un tiers. Deux éléments de traction sont publics. Dans un post LinkedIn de mars 2026, 3Pay annonce 2 courtiers clients en production et 3 en phase de test, ainsi que de nouvelles fonctions livrées (tableau de bord client, API, moteur de règles). Le cas le mieux documenté est Kenko, courtier en santé collective fondé en 2022 (plus de 500 entreprises clientes), qui a annoncé le 14 septembre 2026 une Carte d’Avance Santé reposant sur le moteur de 3Pay. À notre connaissance, ni chiffre d’affaires, ni volumes de paiement, ni nombre d’assurés actifs n’ont été publiés : le produit est commercialisé, la traction reste à documenter.

Marché et thèse : trois propositions de valeur

Le besoin existe : selon le baromètre FHF x Ipsos BVA de mars 2026, 73 % des Français ont renoncé à au moins un soin en cinq ans, 40 % de ceux qui renoncent citant des raisons financières. Mais les délais de rendez-vous pèsent dans plus de la moitié des cas, et le baromètre n’isole pas, à notre connaissance, l’avance de frais : le lien reste une hypothèse. Le marché est aussi équipé : des opérateurs de tiers payant comme Almerys et Viamedis relient déjà professionnels et complémentaires, à condition que le professionnel soit raccordé. Quel problème 3Pay résout-elle le mieux ? Trois propositions se superposent.

  • Pour le patient, éviter d’avancer les frais. C’est la plus visible, mais ce n’est pas celle qui décide du déploiement.

  • Pour l’assureur, contrôler les garanties avant paiement et limiter les paiements indus. Ceux-ci représenteraient 5 % des remboursements de santé, jusqu’à 15 % chez certains assureurs, selon le fondateur de Qantev (estimation de 2022, pas une statistique officielle).

  • Pour 3Pay, devenir une infrastructure de paiement et de contrôle intégrée aux assureurs.

La troisième porte la thèse VC (notre lecture) : un client qui concentre des utilisateurs, une intégration qui ouvre un parc d’assurés (Kenko en donne un premier accès), un contrôle et un paiement sur le même circuit, qui produiraient des données et de la récurrence. Ce sont des hypothèses : nous n’avons trouvé ni estimation sourcée du marché adressable, ni preuve d’échelle.

Logique de financement : un tour auprès d’investisseurs de référence

C’est la deuxième levée de 3Pay. L’usage des fonds n’est pas détaillé ; le communiqué parle d’accélérer la croissance en France et à l’international. Selon L’Argus de l’assurance, elle a été réalisée auprès de Truffle Capital, Accurafy et Side Angels, ses investisseurs de référence. Aucun nouvel entrant n’est cité et la répartition n’est pas connue. Side Angels avait déjà investi dans 3Pay, d’après le post LinkedIn de mars 2026, qui évoque une levée avec ce fonds six mois plus tôt. Truffle et Accurafy 4 sont aussi investisseurs de MoneyTrack : Truffle l’avait cofondée et en restait majoritaire, selon CFNews, et Accurafy l’affiche dans son portefeuille (820 k€). Truffle, fondé en 2001, est un fonds de capital-risque européen qui gère 500 M€ d’actifs et dit avoir soutenu plus de 124 entreprises, notamment en fintech-insurtech ; dès 2017, son dirigeant prévenait que certaines sociétés créées par son fonds pourraient être cédées avant d’avoir consommé 10 à 15 M€. Accurafy 4 est un fonds luxembourgeois qui se dit présent dans l’insurtech depuis 2020. Side Angels, fondé en 2016, réunit plus de 4 000 investisseurs et a déployé 146 M€ dans plus de 155 startups. Ces deux derniers pratiquent le club deal : des co-investissements ponctuels dans une structure dédiée. Notre lecture : une syndication d’amorçage qui s’inscrit dans une logique de portefeuille. Un tour porté par des actionnaires existants dit autant de leur confiance que de l’appétit du marché : il réduit sa portée comme validation extérieure, sans l’annuler, car réinvestir est aussi un signal. La répartition, les conditions et la valorisation permettraient d’affiner. Un constat chiffré, enfin : 1,5 M€ face à une liste qui comprend l’intégration de MoneyTrack, le lancement de Tyris et plusieurs marchés étrangers.

Le rachat de MoneyTrack : prix, périmètre, apports

3Pay reprend les actifs et les équipes de MoneyTrack. Les sociétés n’ont pas communiqué le prix ; selon mind Fintech, qui a consulté le rapport du commissaire aux apports (expert indépendant chargé d’évaluer un apport en nature), la reprise se fait sur une valorisation de 2,2 M€, payée en titres. Dealroom attribue à MoneyTrack au moins 4,3 M€ levés (2,3 M€ en 2021, 2 M€ en série A en 2023) et estime sa valorisation à 14,6 M$ après le tour de 2023. Ces repères ne sont pas strictement comparables (actifs repris et non la société entière, estimations non communiquées par la société), mais ils suggèrent une cession nettement sous les valorisations antérieures : à confirmer par les actionnaires. Payé en titres, le rachat maintient ceux de MoneyTrack exposés, directement ou indirectement, à la réussite de 3Pay. Éric Dodin, ancien CEO de MoneyTrack, parle dans le communiqué du « meilleur choix possible » après « plusieurs conversations » sur le développement de la société. MoneyTrack, fondée en 2018 par Christophe Doré et d’abord pensée comme une plateforme blockchain, vérifie qu’un paiement respecte des conditions avant son exécution ; elle avait racheté Progexia (flux de tiers payant, Marseille) en 2021. Selon Maddyness, elle travaille avec quatre mutuelles, surtout en outre-mer, gère les données de plus de 300 000 bénéficiaires, et ses neuf salariés sont repris. Ces chiffres sont ceux de MoneyTrack, pas de 3Pay. Ils changent pourtant le profil de l’ensemble : les clients en production de 3Pay étaient, en mars 2026, des courtiers, ceux de MoneyTrack des mutuelles. Ce que 3Pay peut en tirer (lecture) : du temps, avec une brique achetée plutôt que construite, une équipe, des clients potentiels. Truffle parle d’un « actif rare et différenciant ». Rien n’est acquis : la reprise d’un contrat suppose en règle générale l’accord du client, et l’annonce ne dit pas si les quatre mutuelles ont suivi. Le schéma n’est pas neuf : en 2021, MoneyTrack rachetait Progexia ; en 2026, elle est reprise. La consolidation avance par étapes : Progexia, MoneyTrack, 3Pay. Elle prépare Tyris (auto, habitation, annoncé sans traction publique) et des ambitions en Espagne, en Italie, en Belgique et au Luxembourg, ainsi que des discussions décrites comme « très avancées » aux Émirats.

📡 Zoom radar : qui finance l’avance ?

Deux schémas coexistent, selon les documents de 3Pay. Dans l’offre « Compte + Carte » de son site, « l’organisme complémentaire alimente le compte selon les garanties du contrat ». La fiche de son application indique par ailleurs que « notre solution avance les fonds nécessaires », l’assuré réglant son reste à charge en fin de mois ou en plusieurs fois. Dans le dispositif Kenko, le salarié paie dans la limite de 1 000 € d’encours (montant maximal avancé à un instant donné), et l’avance est récupérée par prélèvement SEPA à J+10. La page de Kenko décrit 3Pay comme avançant « l’intégralité des honoraires » et réglant « instantanément le professionnel de santé ». Dans les schémas où 3Pay avance, l’avance ne disparaît pas : elle change de porteur, et le risque d’impayé avec elle. Ce que les sources ne disent pas, c’est qui finance 3Pay elle-même : son bilan, un partenaire bancaire ou l’émetteur de la carte. Le besoin en fonds de roulement pourrait devenir un enjeu majeur à mesure que les volumes augmentent, et des lignes de financement ou des partenaires pourraient devenir nécessaires. Mais sans connaître le circuit exact des flux, le coût du financement et les modalités de règlement, il est impossible de mesurer ce besoin. Si l’organisme alimente le compte, le risque se déplace vers l’assureur, et la clé devient le modèle de revenus. On ignore à quel coût l’avance est financée, avec quel taux de recouvrement, et comment 3Pay est rémunérée.

Perspectives : ce qui prouverait le passage à l’échelle

Payer à tort a déjà été abordé par d’autres couches : MoneyTrack par la vérification, Qantev par une plateforme d’IA pour les assureurs. Qantev a levé 1,7 M$ (environ 1,4 M€) en amorçage en 2020, 10 M€ en 2022 puis 30 M€ en série B en 2024 (environ 41 M€ au total, avec des assureurs clients dans plus de dix pays). À l’amorçage, c’était l’ordre de grandeur du tour de 3Pay ; ce qui a changé ensuite, c’est une base d’assureurs clients. Le paiement orchestré est-il une activité autonome ou une fonction que les plateformes de remboursement intégreront ? Trois cas ne permettent pas de trancher.

Un investisseur suivrait trois familles de preuves :

  • La traction : passer de 2 courtiers en production et 3 en test à des contrats déployés, des adhérents actifs, des paiements traités, et la rétention des clients de MoneyTrack.

  • L’économie : revenus récurrents, marge par transaction, coût de l’avance, recouvrement.

  • L’échelle : coût d’intégration d’un nouvel assureur, résultats de Tyris, premiers déploiements hors de France.

Les risques : intégration de l’équipe reprise, cycles de vente longs, dépendance au partenaire de paiement, concurrence des opérateurs de tiers payant et des assureurs eux-mêmes. Il faudra toujours distinguer les chiffres de MoneyTrack de ceux de 3Pay.

Alors, que dit cette levée ?

Un petit tour auprès d’actionnaires existants ne valide pas à lui seul un modèle, sans pour autant n’en rien dire. Il accompagne l’intégration d’une brique de contrôle au sein d’un même cercle d’investisseurs, et repousse la preuve décisive : un modèle qui passe à l’échelle sans que 3Pay porte seule le risque de l’avance. L’intérêt pour un investisseur est réel mais conditionnel : un accès aux assureurs, une brique qui peut devenir une infrastructure. Il manque des volumes, l’économie unitaire et le financement de l’avance. La question n’est donc pas « combien ont-ils levé ? », mais : qui accepte de porter le risque ? mesta continue de scanner. On vous tient au courant. Cet article repose sur des sources publiques. Un élément à corriger ou à compléter ? Nos messages sont ouverts, et nous mettrons l’article à jour.
Partager sur LinkedIn
La newsletter

Le radar bimensuel.

Les signaux du VC français qui comptent, décryptés en 5 minutes. Gratuit, sans bruit.

Suivre mesta sur LinkedIn →

Signaux liés